Tous les textes : Franck Lafay

Poing mort

Les mains tendues
Je ne l’ai pas vu tomber
Il ne dit plus rien
De ce qu’il a vécu
De ce qu’il a vu
Pourquoi il est défait
Pourquoi il a perdu
Toute sa vaine hargne
Toute sa dignité
Ses indignations passées

Le poing mort montre du doigt
Les errances de son maître

Oh parfois il sursaute
D’élans manifestes
En assauts mal maîtrisés
Se brise les os
Sur plus fort que lui
Je ne vois rien venir
Je ne fais que subir
La tentative improbable
D’engager un combat
Qu’il ne pourra soutenir

Le poing mort montre du doigt
La vacuité de son maître

L’ordre est établi
Tout effort est vain
C’en est bien fini
Il ne peut plus rien

Utopilule

Concassée, mise aux rebuts
Utopilule, je ne l’avalerai plus
Laval et pétain, un doux refrain
Qui avalise, pleine de biftons

Utopilule des lendemains
Qui déchantent sans d’autre son
Que celui des marches au pas
Et du filer bien droit

Quel plaisir, quelle folie
Utopilule tu nous remplis
D’innocentes jouissances
De parfaites illusions

Utopilule des jours meilleurs
Qui s’enfuient vers l’horizon
ici il n’y a plus d’ailleurs
Sans espoir de guérison

À croire

À croire que tu ne te rends pas compte
Du mal que tu fais autour de toi
Parfois
À croire que tu portes sur ton dos
La souffrance du monde entier

À croire qu’il n’y a que toi sur terre
Pour subir de tels outrages
À croire que tu es le seul à ressentir
Tel un Caliméro, le mauvais numéro

A croire que la vie est trop laide
À tes yeux
Elle convient à beaucoup d’autres
Pourtant
A croire qu’il est plus facile de lâcher prise
Sombrer et ne plus penser en rien

Regarde, regarde ces couleurs
Regarde, regarde la beauté
Partout, tu peux la trouver

En feu

Je passe les jours hors de moi
À regarder l’évolution
De mon être en
Bête à production

Je passe les jours hors de moi
Hors d’haleine à rechercher
Le temps qu’il faut
Pour respirer

Je passe les jours hors de moi
À jouer un rôle mal écrit
Qui du chat de la souris
Y restera

Je passe les jours hors de moi
À considérer mes amis
Espérant encore les croiser
De loin en loin

Oublie le regard du miroir

Je passe les jours hors de moi
Acharné à tenter de trouver
Une bonne raison
D’ainsi s’humilier

Un paradis…

Cet air de rien sécuritaire
Une ère à dénoncer son frère
Quand bien même il n’y serait pour rien
Peu importe, c’est pour son bien

A chacun un petit effort
On pourrait bien jeter un sort
A tous ces gens libres de droit
Histoire de les mettre à l’endroit

C’est pourtant simple de vivre en harmonie
Des amis bleu, des caméras, un paradis…

Les leçons ne servent pas
Au final on se mord les doigts
D’avoir laissé à autrui
Le soin de contrôler sa vie

C’est pourtant simple de vivre en harmonie
Des amis bleu, des caméras, un paradis…

L’essentiel

J’achèterai tout ce dont je n’ai pas besoin
Le vide à combler est immense
Qui me donne à croire qu’il faut le remplir
Des objets qu’on me vend sans substance

Je devrai prendre la place de mon voisin
Il faut bien tenter de survivre
La compétition chevillée au corps
Prêt à tout, près de ses sous

Et je passerai à côté
Sans même le regarder

Je m’abandonnerai au train de la vie
Qu’il est simple de se laisser porter
Une machinerie si bien huilée
Du berceau jusqu’aux cendres

Et je passerai à côté
Sans même le regarder

A tant cracher sur son prochain
On en oublierait qu’il est humain

Entière satisfaction

Je ne comprends pas
Hier on m’a remercié
D’être resté jusque là
D’avoir autant donné

Oui j’aime la politesse
Mais il faudrait voir
A ne pas exagérer
A ne pas faire d’histoire

Ici c’est toute ma vie
Cadencée par le bruit
Les machines qui
Tournent le jour la nuit

Je n’ai pas vu venir
Je n’ai pas voulu croire
Qu’on n’y reviendrait pas
Qu’il n’y avait plus d’espoir

Aujourd’hui je perds tout
Ce qui me tenait jusque là
S’écroule en contre-bas
Seule une colère me tient debout

Qu’aurais-je donc manqué ?
Pour être ainsi traité
Pour être ainsi jeté
Comme un papier souillé ?

Pourtant
J’ai toujours donné
Entière satisfaction

Vaseline

Des informations/désinformation
Des mots, + de maux
« Tout va bien » on vous dit
On vous le dit on communique
Rien n’est grave

Allez dans la rue on écoute et on n’entend rien
À quoi bon
Laissez-vous ronronner dorloter
Regardez le monde tel qu’on le montre

C’est inéluctable
Il faut passer à table
Mais avec un peu de vaseline
Ça passe mieux

Sur un plateau de la sécurité
Des gens attentionnés pleins de bonne volonté
Pour empêcher tout le monde
De nuire à quiconque
Quel ennui

Tout va bien on s’occupe de tout on s’occupe de vous
On vous regarde bien dans les yeux
Dans l’adn y a pas de gêne
De vous on sait tout, et alors ?

Faut pas avoir peur comme ça
C’est ainsi que se bâtissent
Les beaux pays de mon enfance
Restez dans l’insouciance

On parle sur la place
Ça prend de la place
Partout des slogans des images
Des avis à l’emporte-pièce
Peu importe du moment
Qu’il y a la manière de dire
Qui diffère de celle de faire
De préférence

Détendez-vous on ne pourrit pas la vie
Pas la terre
Regardez comme elle respire si bien
Qu’il n’en reste plus rien de naturel

Ah mais vous aussi vous consommez
Il faut croître accroître ses parts de marchés de dupes
Dominer l’humain de la rue
Le mettre en moule en troupeau homogène

Mangez buvez jouez jetez
C’est bien normal la vie civilisée
Pleine de progrès partagés par tous ou presque
Ce presque rien n’est pas indécent
Non bien sûr on le tolère pardon on l’encourage

Oui monsieur le chômage & la misère sont bons
Pour la santé des finances des entreprises
Des bonnes consciences gerbent dans tous les magazines
Torchonnés du pire marchand d’armes

Et on applaudit à tout rompre
Cet habit d’à-propos un langage populiste
Qui plaît dans les recoins de vos toilettes
Chassez les microbes faites briller
Plus rien ne doit dépasser

Ça ronronne au salon la lueur bleue se reflète
Sur les visages endoloris et meurtris qui avalent tout
Des jeux des vies manipulées paillettes et scandales
C’est sale du fric c’est beau ça brille

Je jette mes armes vomis mes larmes
Pas pour moi le monde qui dérive
Sans nous avec nous

Un détail

Je n’ai plus le souvenir
Quand cela est arrivé
Un détail insignifiant
Un repère absent
Mais tout a dérapé
Il a fallu bien peu
Pour perdre pied
Ne plus pouvoir faire face

On n’a pas très bien compris
Ce qui pouvait manquer
On n’a pas très bien compris

Ça n’était pas beau à voir
Mais on faisait comme si
L’origine du trouble
S’était mis à l’abri
Et d’une traite avait balayé
Devant sa porte les débris
On eu beau faire, désormais
Les réflexes n’y étaient plus

On s’est arrangé pour croire
Que rien n’était grave
On s’est arrangé pour croire